Un Chef & Un Politique autour d’une table – French Bashing et innovation au menu -

04 déc 2014
Catégorie : Chefs, Presse & Médias

 F&S  C’est pour le journal Les Échos que le débat a eu lieu, deux pointures chacun dans son domaine, un pour la cuisine, l’autre pour la politique et un discours qui globalement est le même  » tout va pas bien, mais tout ne va pas si mal  » …

Si ça, ce n’est pas de la politique … nous n’en sommes pas loin !

Messieurs, ce qui ne va pas bien en France, c’est que l’on ne profite plus du fruit de son travail … et que par contre beaucoup profitent sans créer et sans se lever le matin, alors qu’ils ne le méritent pas vraiment ! … C’est quand même le paradoxe français… 

Comment peut-on pousser les Français à innover et à créer des emploies, si la valeur ajoutée est mal dépensée par l’État et les administrations ? 

Alors, le french Bashing, n’est pas fini si la confiance ne revient pas … et là, c’est même plus un question d’homme, mais de mentalités !

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Pour en finir avec le french bashing : débat Thierry Marx – Eric Woerth

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Un patron face à un politique. Enjeux Les Echos a réuni Thierry Marx, chef étoilé à la tête du restaurant parisien Le Mandarin Oriental, et Eric Woerth, député UMP de l’Oise et ancien ministre du Budget, puis du Travail. Un débat à suivre également en vidéo.

 

Enjeux Les Echos – Thierry Marx, pensez-vous qu’il faut en finir avec le french bashing, auquel Manuel Valls a opposé le french celebrating ? Autrement dit, en finir avec l’autodénigrement ?

Thierry Marx – Je dirais même l’autoflagellation ! C’est insupportable que les Français ne croient plus en eux-mêmes. Il faut au contraire montrer nos forces, notre savoir-faire et bien comprendre que le débat n’est pas franco-français mais planétaire. Cela implique que, sur un certain nombre de sujets, nous parlions d’une seule voix.

Eric Woerth – Bien au contraire, je suis persuadé que les Français sont fiers de la France. Il y a en revanche un government bashing et ce n’est pas du tout la même chose ! Les gens estiment qu’on paye trop d’impôts, regrettent le coût du travail, constatent que l’on freine l’innovation, etc.

 

Mais quand l’opposition s’attaque à la personnalité du président de la République et répète tous les jours qu’il n’est pas au niveau de la fonction, est-ce qu’on ne tombe pas dans une forme de french bashing ?

  1. W. – Je ne pense pas que seule l’opposition adresse ce genre de critiques à François Hollande, c’est toute la société française. Les politiques mais aussi les journalistes, les Français que l’on rencontre sur le terrain… Il est indéniable qu’aujourd’hui, la France n’est pas suffisamment incarnée et que cela ajoute au climat de sinistrose ambiant.

 

Thierry Marx, pensez-vous que le Hollande bashing pénalise la France ?

  1. M.– Oui, bien sûr. Je trouve détestables les attaques contre les personnes, celles visant actuellement Hollande comme celles d’hier contre Sarkozy. Evidemment, à l’international, cette attitude a des effets dévastateurs, je le constate quand je lis la presse anglo-saxonne. Les citoyens n’attendent pas ça, ils veulent des projets, une ambition qui les aide à sortir de l’anxiété. Par ailleurs, nos politiques doivent réaliser que l’exemple est la meilleure preuve de l’autorité. Ils doivent prendre du recul lorsqu’ils s’expriment, ne pas se soumettre en permanence à la dictature de l’urgence. On n’attend pas de nos dirigeants des brèves de comptoir !
  2. W. – Ne soyons pas naïfs, il y a eu des polémiques politiques dès qu’il y a eu de la politique. Souvenons-nous des débats de la IIIe République, la mise en cause de personnalités qui sont considérées comme des héros aujourd’hui, par exemple Clemenceau dont on a douté de l’honnêteté personnelle. A mon avis, la question n’est pas là. Le problème est que désormais, il y a des médias d’information qui tournent en boucle, des sondages tous les jours, et cette pression empêche les responsables politiques de proposer une vision à moyen et long terme.

Comme nous sommes là pour échapper à cette dictature de l’instant et aller au fond des choses, êtes-vous sûr, Eric Woerth, qu’il n’y a pas une forme de dépression collective qui s’est emparée des Français ?

  1. W. – Je parlerais plutôt de colère froide qui pourrait d’ailleurs se transformer en une colère chaude. Je pense, comme Thierry Marx, qu’il n’y a plus de projet, ni au niveau national ni au niveau européen. Et dans ce monde qui va de plus en plus vite, la crainte d’être dépassé du fait du manque de compétitivité de nos entreprises, de l’absence de croissance et de la montée du chômage, est fondée. Ce phénomène pourrait finir par transformer un peuple un peu râleur en peuple dépressif.
  2. M. – Pour être efficace, un projet doit aussi être compris. Quand nous allons voir des jeunes en échec scolaire dans les quartiers avec notre programme de formation professionnelle, « Cuisine, mode d’emploi(s) », c’est très clair : nous les formons aux gestes essentiels de la cuisine en douze semaines, ils valident leurs connaissances en stage et 90% d’entre eux trouvent un emploi.
  3. W. – Pour sortir de cette spirale déflationniste, il faut allier des projets collectifs comme le vôtre à des aspirations individuelles. C’est cela qui est difficile à faire. Jusqu’ici, nous n’avons pas réussi à expliquer que la mondialisation et l’innovation ne sont pas des risques mais représentent des capacités formidables pour se développer. L’innovation est partout, tant dans la boulangerie que les hautes technologies.
  4. M. – Tout à fait. Innover, c’est respirer.

 

Justement. Thierry Marx, vous qui présidez les Trophées Inpi de l’innovation, que pensez-vous de la fuite des cerveaux ?

  1. M. – Ces jeunes qui vont chercher une expérience à l’étranger reviennent très souvent et nous en font profiter. Ce sont eux qui font bouger les rigidités. En outre, il y a aussi beaucoup d’étrangers qui viennent étudier en France, preuve que nous tenons notre rang dans bien des domaines. Vous évoquez les Trophées de l’Inpi, j’ai connu cet organisme à 30 ans : trop tard ! Il faut faire entrer l’Inpi dans les lycées.
  2. W. – Le quinquennat de François Hollande est mal né avec cette taxe à 75% : il ne faut pas que le projet collectif asphyxie les talents individuels. Si vous ne pouvez pas créer votre entreprise parce qu’on vous taxe trop et trop vite, vous êtes désespéré. Les jeunes d’aujourd’hui ne sont pas moins bons que ceux des générations précédentes, mais ils n’ont pas l’opportunité de se révéler.

 

Thierry Marx évoquait son initiative pour créer des emplois. Est-ce que la solution ne doit pas venir plutôt de la société civile ? Susciter une Big Society à la française ?

  1. M. – Un certain nombre d’actions initiées par des associations, qui fonctionnent et pourraient être dupliquées, interrogent les politiques. Le risque actuel, c’est de les voir s’exclure du monde citoyen. Quand je regarde certains débats à la télévision, je vois des hommes politiques qui se parlent entre eux mais ne nous parlent pas à nous.
  2. W. – Vous avez raison, l’avenir est au décloisonnement. Décloisonnement très concret entre la classe politique et la société civile : il faut que les gens puissent passer de l’une à l’autre sans drame et sans règles excessives. Décloisonnement géographique : cela signifie que l’on accepte de bouger en France ou même hors de France pour construire sa carrière. Décloisonnement professionnel : il arrive que l’on soit dans une case qui risque de disparaître. Il faut alors envisager de se former à nouveau. Malheureu­sement, tel n’est pas forcément l’état d’esprit de nos compatriotes.
  3. M.– Parce que les Français vivent dans l’anxiété. Ils se demandent tous les jours ce qui attend leurs enfants demain. On leur demande de mettre la main au portefeuille mais ils ne savent pas pourquoi.
  4. W. – En fait, je crois que nous ne sommes pas entrés dans le XXIe  siècle…

 

… Vous avez pourtant été ministre au XXIe  siècle !

  1. W. – Oui mais ça, ce sont des dates, pas une époque. Je prends ma part dans cet échec, même si j’ai essayé de réformer les retraites, le temps de travail, etc. On est entré dans le xxe siècle après la guerre de 14 mais pas encore dans le xxie siècle. Pour cela, nous avons besoin de leaders économiques et sociaux mais aussi de leaders politiques.

 

Lorsqu’il a lancé « Cuisine, mode d’emploi(s) », Thierry Marx est allé voir plusieurs responsables politiques, en vain. Il n’a guère trouvé d’écoute et de soutien auprès du gouvernement de l’époque, bien que son projet soit potentiellement créateur d’emplois. Comment l’expliquez-vous ?

  1. W. – Des initiatives comme celles-là devraient tous nous inspirer. Vous avez réussi dans votre domaine et d’une certaine manière, vous rendez à la société ce qu’elle vous a donné en formant des jeunes pour qu’ils trouvent un travail. Le problème est peut-être que nous avons un système d’éducation et de formation très rigide et que votre proposition n’entrait pas dans les cases. Du coup, votre projet a été perçu comme un ovni, à tort bien sûr.
  2. M. – Malheureusement, on ne sait plus reconnaître les choses simples. Quand j’ai lancé l’association, je courais après les politiques, les maires, les députés, j’ai toujours été bien reçu, j’essayais de vendre ma sauce…
  3. W.–… qui est plutôt bonne en général…
  4. M. – Merci ! Et quand j’accédais à un ministre, il me disait qu’il trouvait mon idée intéressante, puis m’orientait vers l’un de ses conseillers. Là, je découvrais un interlocuteur qui m’assénait tous les problèmes que je risquais de rencontrer : « L’Education nationale va vous attaquer, les syndicats, la formation professionnelle, etc. » Finalement, je suis allé voir un homme dont je salue la mémoire, Christophe de Margerie, qui m’a ouvert son carnet d’adresses et permis de rencontrer des chefs d’entreprise qui m’ont soutenu.
  5. W.– Je ne suis pas surpris. De toute façon, dans ce genre de projet, la réussite dépend à 90% de l’initiative privée et à 10% de l’apport des politiques ou de l’administration.

 

On a passé beaucoup de temps à pointer ce qui ne va pas en France, pourriez-vous nous dire, en quelques mots, ce qui va ?

  1. W.– La créativité et la capacité d’innovation. Notre pays ne représente que 1% de la population mondiale, mais notre parole compte beaucoup plus que ces 1%. Pourquoi ? Parce que l’on est sur tous les sujets, la culture, la science, la démocratie. C’est tout cela qu’il faut moderniser si l’on veut conserver notre position mondiale.
  2. M.– La créativité et le savoir-faire qui font que nous sommes une force de proposition à l’international.

 

Pour conclure, seriez-vous prêts à échanger vos jobs ?

…/… pour suivre l’intégrité de l’article original cliquez sur le link.

 

Thierry Marx

Apprenti pâtissier à 15 ans, il s’engage ensuite dans l’infanterie de Marine. Après avoir travaillé chez Ledoyen, Taillevent et Robuchon, il a ouvert son restaurant en 2011. En 1999, il a obtenu deux étoiles au Michelin. Il est aujourdhui chef exécutif du Mandarin Oriental et dirige, avec Raphaël Haumont, le Centre français d’innovation culinaire.

 

Eric Woerth

Diplômé de HEC et de Sciences Po, il a commencé sa carrière comme conseiller en entreprise. Il est élu maire de Chantilly en 1995, puis député de l’Oise en 2002. Trésorier de l’UMP, il a exercé des fonctions ministérielles de 2004 à 2010.

Propos recueillis par Yves Derai et Laurent Guez – photo HAMILTON/REA

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